De Malines à la rue Pachéco et à la Marolle...
Il y a quelque temps, j'allais en train à Gand. En regardant défiler la campagne flamande, depuis mon train flambant neuf (ou presque), je pensais à ceci:
Cela se passe en 1859, ou avant.
Rose quitte, comment? Et dans quelles circonstances? A quel âge? Et pourquoi? La maison de ses parents, dans la campagne malinoise, pour Bruxelles. Comment a-t-elle bien pu faire la route? En carriole, du village à Malines, puis en train, (ou en diligence, en chaise de poste?), de Malines à Bruxelles? En troisième classe? Seule ou accompagnée? Avec quel bagage? Que faisait-elle, avant ? Sans doute travaillait-elle déjà à la journée. Très tôt, les enfants se louaient "à la journée", pour les travaux agricoles saisonniers. Et la révolution industrielle, en faisant évoluer la nature du travail, n'en fait pas pour autant évoluer les conditions.
En ville, donc, cela ne va pas beaucoup différer, elle va aussi travailler à la journée, comme simple femme de ménage. On disait parfois "souillon". Plus tard, elle sera cuisinière ou femme de chambre, elle déménagera très souvent, tout au long de sa vie, et sur son acte de décès, son dernier métier mentionné sera "plumassière".
Je n'ai aucune idée de qui elle était, de ce qu'elle aimait, tout ce que je sais, c'est qu'en 1859, elle tombe enceinte, (avant son départ à Bruxelles ou lorsqu'elle vit dans la capitale?) et qu'elle accouche d'un petit Jean-Baptiste, en 1860. Il porte le nom de sa mère. Elle accouche dans une petite maison de la rue Pachéco, les témoins sont la sage-femme, et sans doute une tierce personne... La rue Pachéco -et son ou ses impasses- n'existe plus, elle a été engloutie, dans les années 60-70, par le boulevard Pachéco, le tunnel qui passe sous "Le Botanique", et le Passage 44.
Qui est le père? Un autre domestique?
Un inconnu? Un homme de rencontre? Le patron? Ou le fils du patron ?
En tout cas, six ans plus tard, elle se marie, avec un certain François, "cocher de maître", domicilié au boulevard de Waterloo (dans un hôtel de maître qui devait occuper un coin du boulevard et qui a également disparu). Il reconnaît l'enfant et, en l'adoptant, le légitimise. Et il lui donne son nom. Lui vient du village de Zarlardinge, du côté de Grammont. Je suis allée dans ce village, rien que pour voir, pour me rapprocher de ce François qui avait donné un avenir à mon arrière-grand-père maternel. Mais faute de savoir où aller, je me suis cantonnée à la place principale du village, à l'église et au monument aux morts. En effet, je ne sais pas où il a vécu, avant d'aller travailler et vivre à Bruxelles.

Et ils se marient au plus fort d'une des pires épidémies de choléra, à Bruxelles, l'été 1866. Voici ce que Wikipédia en dit: "quatrième pandémie (1863-1876) : elle touche l'Europe du Nord, la Belgique en 1866, puis la France, l'Afrique du Nord et l'Amérique du Sud."
Ceci me rappelle une réflexion de Marguerite Yourcenar - je ne me souviens plus qu'imparfaitement des termes - placée au début de la trilogie des "Souvenirs pieux", des "Archives du Nord" et de "Quoi? L'éternité". L'idée est à peu près celle-ci: Quel était le visage de vos parents -et de vos grands-parents, avant que vous ne veniez au monde? Et c'est ce qui lui fait écrire l'histoire de sa famille maternelle, les Cartier de Marchienne, puis de sa famille paternelle, les de Crayencour. En partant de l'époque la plus reculée, à Flémalle-Grande et au Mont-Noir, pour aboutir à sa naissance, avenue Louise, en 1903.
Citation exacte: "Epitaphe :’’ quel était votre visage avant que votre père et votre mère se fussent rencontrés ?’’ Koan Zen - Source: http://fr.shvoong.com/books/biography/2224308-souvenirs-pieux/#ixzz1l5PkZbm8 "
Sine nobile
Eric Vernet a trente ans. Il roule en Porsche, est l'aîné d'une famille nombreuse, a un accent distingué et une grande élégance. Mais que lit-il? S’il lit. Qu’écoute-t-il? Aime-t-il le cinéma? Le théâtre? Elle, oui. "Britannicus", "Betrayal" et "Les fausses confidences". Où part-il en vacances? Au Club Med, en vrai célibataire qu’il est? Plutôt destination Sénégal, Sicile, Rhodes ou Kos que la Côte d’Azur ou Rimini. Qu’y a-t-il à dire de lui, hormis qu’il est gigantesque, sans doute sportif, un vrai « sportsman » aurait-on dit en d’autres temps. Mais dans les sports nobles: tennis dans un club ultra privé, ski en Suisse, sport automobile. Et que, comme tout le monde, il va voir les derniers films en salle, dont le célèbre «Apocalypse Now».
Enfin, il y a ce qu’on sait, mais dont on ne parle pas, dont ils ne toucheront jamais mot, tout ce qui, pourtant, contribuera peut-être à les éloigner l’un de l’autre. Les familles alliées. Ce qu’on murmure des absents sans que ceux-ci puissent montrer leur véritable visage. La maladie, pourtant inavouée, la menace encore fraîche que faisait peser sur lui et sur les siens un père autocrate, alcoolique, capitaine de cargo et incorrigible fêtard. Et qui, après une beuverie de trop, s’est fracassé le crâne, délivrant ainsi sa famille d’un joug insoutenable.
Il est né dans une riche banlieue parisienne, le long de l'Yvette, dans une vieille villa hésitant entre la vaste maison bourgeoise et le petit manoir de campagne.
«Bad boy». L’expression ne convient pas tout à fait à Eric. Elle ne peut être appliquée à lui, parce qu’il est trop «chic», trop Vieille France (du moins, ce soir-là, le paraît-il), pour être tout fait un mauvais garçon. Mais plus tard, l’idylle naissant entre eux avortera en un immense sanglot, dense et translucide comme une conque japonaise, et ces tournoiements de soie rouge dans la salle de bal, le haut-de-forme loué pour la cérémonie, puis oublié sur le toit de la Porsche grise; décembre glacé et enneigé en lisière de la forêt de Fontainebleau; puis les arbres noirs du Willingdon Club; la Fontaine des Dauphins, tout cela ne sera plus qu’un souvenir évanescent dont elle aura peut-être oublié jusqu’à la tessiture intime.
Pourquoi leur histoire a-t-elle avorté ?
Regarde-toi, regarde-moi.
Tu n’as pas su le garder,
Pire, l’as-tu seulement impressionné ?
Vous vous êtes croisés
Vous vous êtes plu
Et quelque chose d’irrémissible,
D’incompréhensible
Vous a séparés.
Money, money,
Serait-ce l’argent qui vous a séparés ?
Peut-être espérait-il autre chose qu’une étudiante,
Si victorieuse se sentît-elle –à cette minute-là de la vie-
Regarde-toi, regarde-moi
Il est toujours beau
Tu es parfois fatiguée
A moins qu’un ancien chagrin
Ne t’effleure
Effaçant soudain
La soie indienne comme une tubéreuse
Les sandales dorées
Et tes boucles couleur de châtaigne
Regarde-toi, regarde-moi,
Vous avez tous deux vécu là une de vos heures de gloire
Heures éblouissantes comme du cristal,
Enfouies à tout jamais.
Eric Vernet n’est plus, peut-être est-il séparé, divorcé, remarié,
En union libre, seul à nouveau,
En concubinage avec une inconnue
Un couple qui déserte les feux de la rampe
Pour les strapontins inconfortables d'un RER de banlieue
Et parce que...
MerdRRe! Après tout!
Je suis, j'ai toujours été et serai toujours une femme de gauche...

C'est l'hiver...
Une fois n'est plus coutume, je vais me plaindre.
C'est l'hiver. La gastro-entérite est à nos portes, s'il faut en croire les infos alarmistes (mais il y a plus grave qu'une épidémie de gastros, lesquelles s'attrapent tout de même comme le rhume...) Pourvu que je ne l'attrape pas ! Il est vrai que je suis "bardée".
C'est l'hiver. Quand je vais à Bruxelles, je dois prendre le train. Descendre la rue, remonter la rue, et la gare fermant vers 13h30, devoir attendre sur un quai glacé, avec les pelleteuses du RER qui charrient des tonnes de sable depuis des mois, de sorte qu'on se demande ce qu'on fait avec tout ce sable et quel trou sortira tout d'un coup de derrière les parois taguées de la gare.
C'est l'hiver. Schuman est une station glacée, pleine de courants d'air, parfaite pour chanter du grégorien et le kyrie eleison... Mais atroce pour y chercher son métro, ligne 1 direction Stockel, ou le train direction Namur, Luxembourg, Bâle, Saverne, Strasbourg et autres lieux. En effet, partira-t-il de la voie 1 ou de la voie 2?
C'est l'hiver. J'irais bien passer un week-end dans un hôtel bien chaud, avec une piscine bouillante et un jaccuzi. Je ne ferais pas une croisière non, si tant est que j'aie jamais rêvé de cela, j'en serais archi-dégoûtée.
C'est l'hiver et je me traîne. Mentalement, nerveusement et physiquement. Rages de dents (soignées mais les problèmes restent... Il va falloir dépiauter le clavier si ça continue... "VDB, tu vieillis mal...") Antiobiotiques, boulardii, macaroni - jambon, brossettes, fil dentaire, bicarbonate de soude: rien n'y fait. C'est l'hiver et on a des acouphènes, ce qui donne l'impression d'entendre pleuvoir même quand il ne pleut pas. C'est l'hiver et j'ai les yeux qui brûlent, faut pas les frotter, faut pas les frotter, jamais frotter...
C'est l'hiver et je n'ai ni envie d'écrire ni envie de dessiner, envie de rien, juste de dormir, depuis le 26 décembre, jusqu'au 21 mars. Et le résultat, c'est qu'un mercredi après-midi, au lieu de bouger, je m'endors devant un ènième Julie Lescaut, dans lequel j'aurais pu tourner. Tant je les connais par coeur. C'est pas ça, bien sûr, parfois j'écris, le dessin c'est plus dur (enfin, la peinture), et je fais de chouettes choses: Constable à Gand la semaine passée, Schirren hier, mais c'est l'hiver, que voulez-vous ?
C'est l'hiver: alternance de jours gris, venteux et pluvieux, qui inondent d'eau croupie l'assiette des chats, dehors, et de jours plus lumineux, mais gelés et de toute façon, ça change tout le temps. Au total: je manque de lumière. Et quand les chats ne sont pas planqués dans les matitis (dénudés, car c'est l'hiver... De sorte qu'on voit le passage des bus TEC depuis le salon...), ils campent sur l'appuie de fenêtre toute la journée en observant ce que je fais (et surtout ne fais pas). Font-ils un rapport le soir à leur maître ? En trois exemplaires ?
Alors, un peu de lumière ? Comment mettre de la lumière et de la chaleur dans l'hiver ?

Le voeu de Gisela
J'avais écrit ce texte pour une consigne de site d'écriture... Mais il suscite peu de réactions. C'est un peu décevant. Alors, je le retire et le mets plutôt dans mon blog. Peut-être est-ce moi qui suis fatiguée en ce moment (l'hiver est trop long), bien que parfois, je me demande pourquoi j'écris encore sur la Toile... Enfin, ce n'est pas nouveau comme questionnement! Du temps de Pivoine Blanche, c'était une vraie torture. Un jour, j'ai décidé d'être plus indifférente et du coup, j'ai créé un blog privé... Sans doute vaut-il mieux peu de lecture mais de qualité...
C'est un texte sur la fondation de l'Abbaye de la Cambre, à Bruxelles.
***
"J’ai planté un arbre au milieu d’un désert de pierres.
Mais non, c’est une image. Au contraire. Je me suis rendue, au bout d’une longue promenade, en un lieu béni de Dieu. L’air odorant et vif, les nuages courant rapidement dans le ciel d’un bleu presque indigo et la douceur du temps m’ont poussée, une fois de plus, à cette promenade matinale.
En remontant le cours du Maelbeek, aux eaux si pures qu’on en tire une bière mousseuse presque transparente; en contournant les étangs et leurs habitations, chaumines et auberges qui jouxtent la route; en se rapprochant de la source, on atteint vite un joli sous-bois humide. Le sol est jonché de plumes d’oiseaux, ce qui a donné au ruisseau son doux nom de « Pennebeek ». Mon ruisseau de plumes. Je me suis agenouillée, au milieu des feuilles mortes de l’automne dernier, fines gaufrettes craquantes, dans la tiédeur de ce matin d’avril, et j’ai contemplé la nature.
Les aulnes blancs, les bouleaux argentés, les saules pleureurs, les buissons d’aubépine et le sorbier mettent un peu de leur dentelle claire dans le paysage. Certes, en hiver, il fera venteux ici, mais en été, il y fera frais. Et nous ne manquerons pas de bois. Autour de moi, il y a abondance de pousses de jonquilles, qui céderont la place au muguet de mai et à la somptuosité violente des iris de juin. J’y vois déjà la floraison des simples dont je ferai un jour un jardin médicinal. J’y sèmerai la sauge, remède universel, de l’achillée millefeuille, de l’armoise et du lys. De la verveine, de la guimauve officinale, pour soigner les maux de dents, et l’angélique des marais, qui protège de la peste. Sans oublier des jonchées de violettes.
Je sais aussi les pierres éparses, dans toute la région, je sais les tailleurs de pierre, les maçons, toujours en chemin, les charpentiers, les menuisiers et les sculpteurs de métaux. Je sais désormais qu’à Villers-la-Ville, au Monastère, on m’aidera à réaliser mon vœu le plus cher, celui de fonder mon oratoire… Le Père Abbé me l’a promis. Peut-être que mon oratoire, dessiné par un Frère aux mains de bâtisseur, deviendra-t-il une église digne de ce nom, dont la voûte rappellera le toit des bois et de la forêt toute proche. Je l’appellerai "La Chambre de Notre-Dame"
Et il y aura enfin, adossée au paysage, une petite maison pratique, à la charpente fleurant bon le bois frais, au toit de chaume ensoleillé, pour accueillir les sœurs qui voudront bien s’associer à mon œuvre.
Et tous ceux qui, un jour, viendront frapper à l’huis de notre monastère."

"Mon" vieux village d'Ixelles...
Mardi midi, aux Musées Royaux des Beaux-Arts
L'on connaît ou l'on ne connaît pas mon amour pour le musée des Beaux-Arts. J'y ai passé des heures... Inoubliables! Et pourtant, je n'étais pas systématiquement "bien" accompagnée. Mais pour moi, c'est un lieu béni...
Alors, d'abord cette communication:
La partie "musée d'art moderne et contemporain" est fermée... Sine die... Pour travaux. Il est vrai qu'il est toujours question de l'édification d'un musée d'art contemporain à Bruxelles, une sorte de Guggenheim, mais où et quand verra-t-il le jour? Et si un jour les musées fédéraux sont régionalisés? Ca ce serait une catastrophe... Que fera-t-on de tout ce patrimoine?
Bon, je ne suis pas encore allée signer la pétition, (... on n'y a pas accès pour le moment),
***
En attendant, hier, je suis allée visiter une exposition temporaire consacrée à un peintre belge, Ferdinand SCHIRREN. 1872 - 1944. Il est né à Anvers, de parents exilés - originaires de Riga, en Lithuanie. Ils se sont installés ensuite à Anderlecht, où Ferdinand Schirren a fréquenté une école artistique. Il a étudié à l'Académie des Beaux-Arts. C'est à la fois un peintre et un sculpteur. Peintre et surtout aquarelliste, ce qui domine et saute aux yeux, c'est la couleur. Et puis, j'adore sa manière d'aquareller, en tirant parti des "taches d'eau et de pigment" - c'est ainsi que j'ai aussi apris à aquareller.
Il semblerait qu'il n'ait plus peint après 1939, et bien qu'il ait dû arborer l'étoile de David, pendant l'occupation, il a échappé à l'arrestation, à la déportation. Il est mort des suites d'un malaise, en 1944. Pendant la guerre, il se promenait avenue Louise, avec une "disciple", et, toujours enthousiaste, lui faisait admirer la beauté des marronniers... Il n'était pas le premier, Odilon-Jean Périer l'avait tant et tant écrit avant lui.
Et maintenant, place aux images...

Il peint souvent à la mer. A Wenduine, à Bredene, comme ici:

***

Et puis, dans ses tableaux, soit à l'arrière-plan des portraits, soit comme ici, revient souvent l'embrasure de fenêtre. J'ai adoré... Moi aussi, j'aimais les embrasures de fenêtres... Comme celle de ma chambre, à "La Chartreuse" de Hurtebise, en 2006...

Enfin, parmi les sculptures (plâtres et bronzes), il y a ce très beau buste, d'une jeune femme prénommée "Ruth", (mais j'ai omis de noter le nom de famille du modèle). Très beau, très pur, la photographie restituant bien le climat dans la salle d'exposition et les couleurs.


Ferdinand Schirren, femme en bleu.
Pour faire le portrait d'une amie...

Les mots me fuient mais la floraison d'images est là.
Je me souviens quand je l'ai aperçue pour la première fois.
Elle avait un air de profonde sagesse
Emanant d'une personne fine et vive ensemble.
Un timbre de voix décidé se fait entendre; sa réserve naturelle me plaît
Et nous avons échangé des mots et des signes
Comme par-delà le lien d'une sympathie fragile
Se joue la progression du funambule

Puis un élan réciproque
Une rencontre-éclair dans une salle des pas perdus
Une soirée d'amitié
Et une année de silence
Ne pas savoir
Tout ignorer de la fécondité d'un souvenir

Et sans jamais rouvrir un compte qu'on a définitivement clos
On aimerait lui dire
Et surtout lui taire
Je ne sais quoi
Mais combien peuvent être puissants Rémanants
Ces élans nés d'une humanité partagée
***
Illustrations: Sylvie Testud dans "Louise Michel, la rebelle",
(et Nathalie Boutefeu dans le rôle de Nathalie Lemel)
de Solveig Anspach, 2008.
En vos mots, chez Lali
Chaque dimanche, Lali, femme de Lettres, propose une peinture sur laquelle broder librement, en une phrase, un petit texte, une poésie, un récit... La rubrique s'appelle "En vos mots". C'est simple: on laisse un commentaire sous l'article, et il est validé le dimanche qui suit, de sorte qu'on n'est pas influencé par les textes parus.
Et au fait, "c'est qui Lali?" - Lisez ceci, et vous comprendrez pourquoi je l'appelle une femme de Lettres. Et je l'ai découverte via Adrienne, qui avait joué le jeu...
J'ai commecé, hier, un peu par jeu, découvert et exploré des peintres extrêmement romantiques (même contemporains, étonamment contemporains - je les aurais plutôt cru sortis tout droit du XIXème siècle) et laissé quelques phrases. En voici un choix:
William Verplanck Birney
(c) Lali - En vos mots - 11/12/2011
"Chercher avec ardeur. Chercher, dans tout ce qui a été écrit, la trace des femmes pionnières. Lire la Déclaration de la Femme et de la Citoyenne. Se demander qui fut Olympe de Gouges. Comment elle eut le courage de s’imposer, de lutter et puis, celui, terrible, de mourir. De la main de ses frères devenus ses ennemis. Ressentir une fascination naïve, un enthousiasme neuf pour ces femmes aventurières, courageuses, ayant la foi en elles, la foi dans leur vie, la foi dans leur oeuvre. Découvrir qui était Louise Michel.
C’est ce qu’elle cherche, passionnément, à travers les liasses de feuilles échouées chez le libraire du bout de la rue. S’être pressée dans les rues humides, indifférente au bas de sa robe qui s’humidifie, à ses bottines boueuses, n’avoir qu’une passion, la lecture, la découverte, la curiosité, et puis s’en aller, quelque part, dans un bas quartier de Londres, ou dans un faubourg lointain, tenter d’apprendre à d’autres ce qu’elle a construit, elle, comme château de la connaissance…"
(Pivoine, 16.01.2012)
***
TRETYAKOVA, Natalia
(c) Lali - En vos mots - 13/01/2012
« En Europe… » dit-elle, « En Europe, regarde le livre d’esquisses que tu as reçu de tes amis. En Europe, crois-tu que tu trouverais l’oasis artistique dont tu rêves? Les boutiques de couleurs? Les séances en Académie? »
« En Europe? Qu’importe? Je ne peins pas pour gagner ma vie. Je ne peins pas pour être célèbre. Je peins parce que j’aime cela, parce que tu es belle, parce que j’aime tellement mon pays que je ne pourrais le quitter. Je t’aime parce que, pour moi, tu incarnes « La » Russie, « Ma » Russie. Et je ne pourrais vivre sans vous…
Pour tout le soleil et la chaleur du monde…"
(Pivoine, 15/01/2012)
Maria Van Rysselberghe (1866-1959)
Voici un article écrit en primeur pour le Réseau "Arts et Lettres", le Réseau des Arts et des Lettres en Belgique et dans la diaspora francophone.
Je poursuis mon exploration de l'anthologie - parue chez Folio Gallimard - qui reprend maints passages des Cahiers dits "de la Petite Dame".
Etrange comme j'aime Maria Van Rysselberghe. Elle est belle. Talentueuse. Intelligente. J'essaie d'imaginer, d'entrevoir les contours de cette personnalité multiple dont je me sens si proche (par certains côtés, restons modeste...). Epouse du peintre gantois, Théo Van Rysselberghe, (1862-1929), modèle du peintre Fernand Khnopff - qui a laissé à la postérité le portrait de la jeune et ravissante Maria Monnom... Elle est la fille d'un éditeur bruxellois ayant édité entre autres la revue "l'Art moderne". Note: son père mort assez jeune, c'est la mère de Maria Monnom qui a repris les rênes de la maison d'édition.
Art moderne, Groupe des XX, Libre Esthétique... Une évolution (ou une Révolution?) dans l'art belge du XIXème déclinée en trois termes...
L'original du tableau est au musée d'Orsay, il vient parfois à Bruxelles pour l'une ou l'autre rétrospective.
J'aimais d'abord ce portrait. Longuement regardé à une expo sur Khnopff aux musées des Beaux-Arts. C'est par d'autres recherches, d'autres lectures, que je suis revenue vers Maria Van Rysselberghe. Je me documentais sur l'amitié entre Gide, Dorothy et Simon Bussy (elle, née Dorothy Strachey, écrivain et traductrice de Gide vers l'anglais, lui, artiste peintre, élève de Gustave Moreau et ami de Matisse - habitant tous deux La Souco, à Roquebrune-Cap-Martin). Et puis, il y avait aussi les liens entre Gide et les Van Den Eeckhout, Le peintre Jean Van Den Eeckhout, dit "Vanden", réfugié en France pendant la guerre 14-18. Leur fille, artiste peintre et pastelliste, connue sous le nom de Zoum Walter, a publié ses mémoires dans un volume intitulé "Pour Sylvie" - sa fille, morte aux alentours de la vingtième année.
Et puis, finalement, il y a entre toutes ces personnes cet homme célèbre qui fait le lien: André Gide. On se trouve devant un vrai puzzle dont il est la pièce-pivot. Gide dont j'ai lu, dévoré "Les faux-monnayeurs", quand j'avais dix-huit ans et qui pourtant est une histoire très dure.
"La lecture" (ou Verhaeren lisant) par Van Rysselberghe (1903)
avec, de gauche à droite:
Félix Le Dantec, le poète Francis Viélé-Griffin, le critique Félix Fénéon, l’écrivain Henri Ghéon, André Gide et Maurice Maeterlinck, et – vu de dos – Emile Verhaeren et le peintre Henri-Edmond Cross
(Se trouve-t-il au musée des Beaux-Arts de Gand ou dans le cabinet de Verhaeren reconstitué à la Bibliothèque Royale, à Bruxelles? C'est ce que j'essaie de vérifier...)
***
Le plus curieux est quand on découvre l'union libre et momentanée entre Gide et la fille du couple Van Rysselberghe, et la venue d'un enfant, Catherine, née en 1923, que Gide a reconnue et adoptée après la mort de son épouse. Au-delà de l'anecdote, cela montre à quel point Maria Van Rysselberghe et sa fille vivaient affranchies du carcan social et moral de cette époque. Tout en observant une grande discrétion. Jamais Maria Van Rysselberghe n'émet de jugement. Elle n'a jamais un mot de blâme. Théo, lui, s'inquiète. Des gens comme Vanden se disent sans doute qu'Elisabeth vit dangereusement. Dorothy Bussy reste discrète, mais est profondément blessée.
L'amitié de la Petite Dame et de Gide est profonde au point qu'ils habitent tous deux un appartement sur le même palier de la même maison, à Paris, rue Vaneau 1bis, au Vaneau, comme on disait. Et vers 1918, elle entreprend la rédaction des cahiers qui seront un compte-rendu fidèle de la vie de Gide: dans ses rapports avec l'entourage et les amis, sur le plan littéraire et artistique, sur le plan politique aussi (il y a le compte-rendu de ses voyages en URSS), sur leur vie culturelle (ils assistent au renouveau du théâtre Yiddish - malgré un certain anti-sémitisme de Gide, un anti-sémitisme d'époque, hélas, qui s'arrête évidemment en 40-45, devant l'horreur des camps de concentration - enfin, d'extermination)... Et ainsi de suite jusqu'à la mort de Gide, en 51. Ils ont été écrits, avec l'idée, au départ, de les dédier à une amie de Maria Van Rysselberghe: "Lou" Mayrisch - une très riche Luxembourgeoise et mécène. Puis, ils sont devenus oeuvre à part entière.
Et puis, il y a aussi cet amour qu'elle a nourri pour Verhaeren. Quand j'étais élève en première année de peinture, j'avais un professeur de peinture extrêmement calé en histoire de l'art. Aller au musée avec lui, ou dans une expo (comme Van Rysselberghe à Bruxelles ou Bonnard à Paris), c'était une vraie fête. Nous avions discuté de cette relation entre le poète et la femme du peintre et il m'avait conseillé de lire le récit "Il y a quarante ans". C'est très beau. Cela décrit un été à la mer, (à Knokke), en Belgique, dans une fermette flamande, et une communion spirituelle et passionnée entre Verhaeren et Maria Van Rysselberghe d'où toute équivoque est très vite balayée. Elle a attendu la mort de Marthe Verhaeren (son mari lui, est mort en 1929) pour publier ce petit récit et quelques annexes critiques. Note: et elle l'a soumis d'abord à Martin du Gard, puis à Gide, ils ont retravaillé ensemble le manuscrit, puis, elle l'a fait publier sous le pseudonyme -transparent, certes- de M. Saint-Clair. Saint-Clair était le nom d'une propriété des Van Rysselberghe dans le Var.
Voilà un beau portrait de femme - dans un monde exclusivement d'hommes, dominé, fait par et pour les hommes, le monde littéraire et artistique à cette époque -et en Belgique- ne leur fait certes pas la part belle... Mais voilà qu'en dépit des obstacles, elle oeuvre dans l'ombre, et fait oeuvre de critique et de mémorialiste infiniment précieuse. Elle est encouragée - dans une certaine mesure- par Gide, plus qu'il n'a encouragé Dorothy Bussy, laissant ainsi passer la chance (pour les éditions Gallimard) d'éditer son unique roman, "Olivia. Par Olivia". Pour cet écrivain, c'est la Hogarth Press (en Angleterre) et Stock, à Paris, pour la version en français, qui "emporteront le morceau".
C'est toute une époque qui nous est ainsi restituée, et des célébrités - dans toute leur épaisseur vivante, loin des pages d'anthologie scolaire - qui nous deviennent étonnamment familières, et par là, plus humaines...
Maria et Elisabeth Van Rysselberghe, par Théo Van Rysselberghe.
Retour à Etrimo
Ou histoire de deux divans, d'un camion, d'un miroir brisé et d'une déchetterie.
Ce matin, ou plutôt, ce midi, un camion -débarrassé de son outillage- quitte la petite cité de G***, direction Anderlecht, le canal et mon Etrimo 1966. Avec à son bord, une copropriétaire stressée, deux hommes et un divan à 3 places devant remplacer un divan 2 places 1/2 définitivement dévoré par 3 chats dont deux se sont envolés (du moins je l'espère) vers une vie meilleure, c'est-à-dire vers un nouveau maître enfin, soit, passons.
Tous deux (les "H"ommes, hein, pas les chats!) ont le compas dans l'oeil, mais l'un d'eux l'a à la millième puissance. Car c'est un homme de métier, ferronnier d'art et sculpteur de métal, (entre autres talents) pour qui 1 millième de millimètre a une importance capitale. Le moindre de ses escaliers auquel il manquerait une longueur, fût-elle infinitésimale, rendrait sa construction bancale...
Or donc, nous arrivons devant la porte d'Etrimo 3/4 heure après. On décide d'estimer la grandeur de l'ascenseur pour vérifier si le canapé y tiendra - avant que de le sortir du camion, le spécialiste doute d'y arriver et je ne sais pas pourquoi, on ne l'a pas écouté. Pas suffisamment. Et il avait raison. Le divan n'est pas entré dedans, dont coût, un miroir cassé... Dans l'ascenseur.
Et sept ans de malheur, dit-on.
Comme une mauvaise idée ne vient jamais seule, et qu'on avait un divan en trop dans notre vie, j'ai décrété "on va le porter aux Petits Riens, plutôt que de le mettre au Centre de tri de Forest..." Mauvaise idée. Qu'allais-je faire dans le quadrilatère rue Américaine, rue du Tabellion, rue du Prévôt et rue du Mail? Les Petits Riens n'en ont pas voulu: il était trop sale à leur goût (bon, évidemment, la housse était blanche et plus très fraîche), et ils n'ont pas de service de nettoyage. J'ai eu beau argumenter que n'importe qui serait content d'avoir un divan en bon état pour pas cher (surtout moi), il n'y a rien eu à faire, le préposé aux dépôts nous a répondu: allez un peu plus loin, à la déchetterie. Oui, mais voilà, la déchetterie en question est communale. On n'a pas voulu de notre divan. Moralité, on s'est dit qu'on allait le ramener au parc à conteneurs de Genval, dont on connaît à peu près les heures d'ouverture.
Qu'avez-vous fait de votre samedi ? Se demandait mon beau "beau-frère" qui n'est pas du tout mon beau-frère, mais finalement, l'est plus que le seul qui l'a été en vrai... "J'ai promené un divan" a-t-il répondu in petto (et pas péto, hein! Ne confondons pas!) Moi, j'en aurais bien pleuré. Et le léger mal de tête que j'avais en me levant se transformait en migraine. Finalement, la déchetterie de Genval était ouverte, les conteneurs étaient vides et nous avons pu nous débarrasser du canapé, de ses coussins (snif!) et des 4 pieds en plastique que j'avais fourrés dans mon sac à dos (dans l'espoir de faire rentrer le meuble dans l'ascenseur).
Moralité, mon vieux divan dont la housse est une véritable charpie et dont j'ai déjà voulu me débarrasser à deux reprises est toujours "chez moi" (mais où est mon chez moi? Ma maison, ma maison, comme chantait Françoise Hardy...) et restera sans doute là encore longtemps...
Après ça, il ne restait qu'à noyer notre (mon) chagrin d'être déménageurs sans vocation dans un verre de coca zéro, de rouge qui dépote ou de Leffe blonde... Ce que nous avons fait sans hésiter...












